Eglise Réformée de Nantes et de Loire-Atlantique
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Couverts par la poussière de notre Rabbi
jeudi 3 septembre 2009
par Caroline Schrumpf
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DIMANCHE 25 JANVIER 2009

Prédication donnée en l’église catholique de Vertou, dans le cadre de l’échange de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens.

Textes bibliques : Jonas 3

1La parole du SEIGNEUR parvint à Jonas une deuxième fois : 2Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et fais-y la proclamation que je te dis ! 3Alors Jonas se leva et alla à Ninive, selon la parole du SEIGNEUR. Or Ninive était une grande ville devant Dieu ; il fallait trois jours de marche pour en faire le tour. 4Jonas commença par faire dans la ville une journée de marche. Il proclamait : Encore quarante jours, et Ninive est détruite ! 5Les gens de Ninive mirent leur foi en Dieu ; ils proclamèrent un jeûne et se revêtirent d’un sac, depuis le plus grand jusqu’au plus petit d’entre eux. 6La nouvelle parvint au roi de Ninive ; il se leva de son trône, ôta son manteau, se couvrit d’un sac et s’assit sur la cendre. 7Il fit crier dans Ninive : Par décision du roi et de ses grands, que les humains et les bêtes, le gros bétail et le petit bétail, ne goûtent de rien, ne paissent pas et ne boivent pas d’eau ! 8Que les humains et les bêtes soient couverts d’un sac, qu’ils invoquent Dieu avec force, et que chacun revienne de sa voie mauvaise et de la violence de ses mains ! 9Qui sait si Dieu ne reviendra pas, s’il ne renoncera pas, s’il ne reviendra pas de sa colère ardente, pour que nous ne disparaissions pas ? 10Dieu vit qu’ils agissaient ainsi et qu’ils revenaient de leur voie mauvaise. Alors Dieu renonça au mal qu’il avait parlé de leur faire ; il ne le fit pas.

Marc 1, 1-14 Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée ; il proclamait la bonne nouvelle de Dieu 15et disait : Le temps est accompli et le règne de Dieu s’est approché. Changez radicalement et croyez à la bonne nouvelle. 16En passant au bord de la mer de Galilée, il vit Simon et André, frère de Simon, qui jetaient leurs filets dans la mer — car ils étaient pêcheurs. 17Jésus leur dit : Venez à ma suite, et je vous ferai devenir pêcheurs d’humains. 18Aussitôt ils laissèrent leurs filets et le suivirent. 19En allant un peu plus loin, il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère, qui étaient aussi dans leur bateau, à réparer les filets. 20Aussitôt il les appela ; ils laissèrent leur père Zébédée dans le bateau avec les employés, et ils s’en allèrent à sa suite.


Chers amis Ce matin, je veux d’abord vous dire ma reconnaissance pour cet échange qui nous permet de nous rencontrer, et surtout de prier ensemble, de nous mettre ensemble à l’écoute de la Parole de Dieu. Nous avons eu la joie d’accueil votre curé Jean Provost dimanche dernier au temple de Nantes, et aussi plusieurs d’entre vous. Merci de m’accueillir ce matin ici à Vertou, avec plusieurs membres de l’église réformée de Nantes.

Ce matin, je voudrais vous proposer d’aller à la rencontre d’un homme. Jésus ! Pas très original… D’abord parce qu’il est Celui qui nous unit, par delà l’histoire des relations entre nos églises, avec son cortège d’exclusions et d’anathèmes, de violence et de blessures. Il est lui le Centre, alors mettons le au centre. C’est un chant que les jeunes chantent dans notre église : Jésus sois le centre, sois ma lumière, sois ma source.

Je voudrais que nous allions à sa rencontre aussi parce que nous n’avons et nous n’aurons jamais fini de découvrir des choses nouvelles à son sujet, parce que cet homme n’est pas un homme tout à fait comme les autres, parce qu’il est vivant aujourd’hui et que tout ce qui a été écrit, dit par tous les théologiens, tous les prêtres et les pasteurs avant nous, tout cela n’épuisera pas la profondeur de ce que nous pouvons découvrir de lui, de son cœur, de sa parole, de sa vie.

D’ailleurs, ceux qui ont choisi les lectures des dimanches le savaient bien puisqu’ils ont choisi de nous faire entendre le même récit deux fois, deux dimanches de suite. Dimanche dernier, nous avons lu dans l’évangile de Jean, l’appel des premiers disciples et ce matin, nous lisons, dans l’évangile de Marc, l’appel des premiers disciples… les tous premiers pas de Jésus dans son ministère, dans sa vie « publique », dans ce qui est raconté de lui dans les évangiles.

Ce matin, je voudrais vous proposer de nous replonger un peu dans le contexte culturel de l’époque de Jésus, le contexte de la Palestine et de la vie quotidienne juive au premier siècle. Des spécialistes de la Bible, comme Ray van der Laan et Rob Bell ont beaucoup écrit à ce sujet dans ces dernières années, et ils vous nous aider, j’espère, à découvrir qqchose de neuf sur Jésus.

A l’époque, il faut dire une chose en préambule, l’éducation des jeunes générations est qqchose de capital dans la culture juive, dans la mentalité, dans la société de l’époque. Jésus est né et il a grandi et évolué dans ce contexte culturel. Ce qui est à la base de l’éducation des enfants juifs de l’époque, c’est l’apprentissage de la TORAH, les commandements de Dieu pour son peuple. A l’époque, il y avait même tout un débat pour savoir à partir de quel âge on pouvait commencer à enseigner la Torah aux enfants. Un rabbin disait : « avant 6 ans, nous n’acceptons pas d’enfant comme élève. Mais après 6 ans, nous l’accueillons et nous le chargeons de la Torah comme un bœuf ».

L’éducation des enfants juifs se déroulaient en gros en trois étapes, un peu comme nous la maternelle, le primaire et le secondaire… Beth Sefer, Beth Talmud et Beth Midrash.

Beth Sefer, La « maison du Livre », pour les enfants, garçons et filles entre 4/5ans et 10 ans. Tout est centré sur le Livre, sur la lecture et l’écriture et la mémorisation des 5 livres de la Torah : Genèse, Exode, lévitique, Nombres et Deutéronome. Les petits enfants apprenaient sous la conduite d’un maître qu’on appelait Rabbi. Il est probable qu’à la fin de ce niveau d’enseignement bcp d’enfants connaissaient par cœur l’ensemble des 5 livres de la Torah. Une fois qu’ils avaient fini cela, ils allaient apprendre le métier de leur famille.

Mais certains étaient remarqués et avaient une facilité pour apprendre, un don pour les choses spirituelles, une affinité particulière avec la Torah. Ceux la continuaient à étudier. Après Beth Sefer, ils entraient dans Beth Talmud (la maison de l’enseignement). Pour les jeunes garçons de 10 à 14 ans, ils continuaient la mémorisation des autres livres de l’Ancien testament : les prophètes, les psaumes, les autres écrits. La aussi, ils commencaient à apprendre l’art de la question. CE que l’on retrouve dans l’évangile lorsque les pharisiens dialoguent avec Jésus sur ce qu’on appellerait des études de cas. Quelles sont les activités qui sont autorisées le jour du sabbat ? est il permis de faire du bien ou de sauver ? Si ton fils ou ton bœuf tombe dans un puits, est ce que tu peux l’en retirer même le jour du sabbat ? Une femme qui se marie et devient veuve et épouse le frère de son défunt mari qui meurt à son tour, et qui épouse le 2e frère… de qui sera-t-elle la femme ?…

A l’age de 14 ans, les meilleurs élèves de Beth Talmud savaient par cœur l’Ancien testament, de la Genèse au livre de Malachie. Et d’ailleurs, le spécialiste du Nouveau Testament Ray Vandelaan raconte qu’un jour il a eu l’occasion d’étudier en Israël avec un groupe de futurs rabbins. Et sur les 22 étudiants qu’ils étaient, lui était le seul à ne pas avoir mémorisé le Premier Testament en entier ! Ils aimaient la Torah, ils sont passionnés par la Torah.

A l’age de 13 ou 14 ans, les meilleurs des meilleurs, la crème de la crème des éléves à l’époque de Jésus pouvaient continuer à étudier dans Beth Midrash (la maison de la recherche). La, ils apprenaient les différentes interprétations de la Torah, les commentaires, la Torah orale.

Parmi ces étudiants de Beth Midrash, certains qui étaient les plus doués pouvaient demander à suivre les enseignements particuliers d’un Rabbi. Ils devenaient alors ses disciples. Ceux-la étaient bien plus que des étudiants. Les étudiants étudient pour apprendre leur cours, passer leurs examens et obtenir un diplôme. Les disciples (= les TALMIDIM en hébreu), ils étudiaient, ils se mettaient sous la direction d’un rabbi et leur objectif était de découvrir et d’apprendre tout ce que leur Rabbi savait, afin qu’un jour ils puissent devenir Rabbi à leur tour. Alors ils suivaient leur rabbi à tout moment du jour et de la nuit… partout, ils ne le lâchaient pas d’une semelle pour ne pas perdre une miette de sagesse. Et les rabbis enseignaient à toute occasion, à tout moment ils utilisaient les circonstances quotidiennes pour tirer des enseignements pour leurs talmidim.

Comment devenait on disciple d’un rabbi ? D’habitude, les rabbis ne recrutaient pas ! C’était les jeunes gens, ceux qui avaient déjà suivi Beth Midrash qui venaient vers le rabbi et lui demandaient : est ce que je peux te suivre ? est-ce que je peux devenir ton talmid, ton disciple ? Le rabbi lui posait alors des questions, pour sonder ses connaissances, son esprit d’a propos, sa rapidité à réfléchir. Et si le jeune était assez qualifié, si le rabbi jugeait qu’il avait ce qu’il fallait pour faire un bon disciple, il disait oui. Mais la plupart du temps il disait non : tu connais la torah, tu aimes Dieu et sa parole, mais tu n’as pas ce qu’il faut pour devenir mon disciple. Rentre chez toi, reprend le travail de ta famille, marie toi, fais des enfants, et élève les dans l’amour de Dieu et de la Torah et vit une vie juste et droite dans la crainte de Dieu. Mais tu ne peux pas être mon disciple.

Mais parfois, le rabbi, après avoir longuement testé le jeune homme, disait : oui, tu peux être mon talmid, mon disciple. L’expression utilisée alors c’est que le jeune homme “prenait sur lui le joug” de son rabbi.

Revenons à nos pécheurs, sur le bord du lac de Galilée. Simon et André qui étaient en train de pêcher. Vous l’avez entendu : ils étaient en train de pêcher. Et jacques et jean aussi revenaient de la pêche, avec leur père Zébédée. Ils étaient des pêcheurs ! c’était leur métier. Celui qu’ils avaient appris de leur famille, de leur père, ou de leur oncle. Ca veut dire qu’ils n’avaient pas ce qu’il faut pour devenir les disciples d’un rabbi. Peut être avaient ils suivi Beth Sefer, Beth Talmud et Beth Midrash. Mais ensuite, ils étaient retournés aux affaires de la famille. Ils n’étaient pas suffisament qualifiés ou doués pour devenir des talmidim.

Jésus passe, les voit et leur dit : Venez à ma suite, devenez mes talmidim et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. Et Marc nous dit : ils laissèrent tout et le suivirent.

En général, on explique cette réaction en disant qu’ils sont tellement subjugués ou interpellés par l’appel de Jésus... je ne sais pas si vous etes comme moi, mais surtout dans les films qui ont été fait sur les évangiles, en général, on a un Jésus qui s’avance avec une belle robe beige clair, qui a le type palestinien mais ascendant suédois blond aux yeux bleus, un Jésus qui parle avec une drôle de voix… tout ca semble assez loin de ce que pouvait être la réalité de la à l’époque, ca parait pas très crédible.

Et puis si on essaye de lire ce passage avec les jeunes d’aujourd’hui à l’aumônerie ou au groupe de jeunes, c’est pas très simple de leur faire comprendre que le geste des disciples est magnifique mais que eux ils doivent surtout penser à travailler dur pour faire des études et avoir un métier intéressant…

Simon et André, ils ont appris le métier de leur famille, ils sont probablement les soutiens matériels de leur famille, et voila qu’ils laissent tout en plan pour suivre Jésus. Et on s’imagine souvent que le père Zébédée qui voit ses deux fils Jacques et Jean le planter la, ses deux successeurs, ceux qui vont reprendre son affaire de pêche, ceux en qui il a mis sa confiance, à qui il a appris le métier, on a du mal à comprendre qu’il ne soit pas dans une colère noire de voir ainsi ses fils partir…

Sauf si on se souvient que devenir le disciple d’un rabbi, c’est en qq sorte la plus haute, la plus belle récompense pour un jeune homme. Ca veut dire que le Rabbi les a trouvés capables pour devenir ses disciples. Eux qui n’ont pas réussi, eux qui sont retourné dans leur famille. Ils savent bien qu’ils n’ont pas été trouvé dignes, qu’ils ont été disqualifiés, ils ne n’ont pas été considéré aptes pour devenir talmidim, peut être n’étaient ils pas assez instruits, ou pas assez intelligents, ou pas assez spirituels, ou assez rapides pour répondre aux questions, ou assez malins pour en poser d’autres.

Et voila qu’un jour, un rabbi, Jésus, Jéshoua, passe devant eux et les invite à le suivre pour devenir disciples !!! un rêve qu’ils avaient abandonné depuis longtemps… Jésus leur dit : suis moi. Ca veut dire : je crois en toi. Je crois que tu as ce qu’il faut pour devenir mon disciple. J’ai confiance en toi. Ce que je fais, tu peux le faire aussi.

Alors, on comprend mieux qu’ils aient sans réfléchir, d’un seul coup, tout laissé derrière eux pour le suivre ce rabbi Jésus. Cette parole du rabbi Jésus est incroyable : un rabbi qui s’abaisse à appeler ses disciples ! Quelle confiance ! un rabbi qui vient et qui dit à ses disciples : suis moi, tu peux le faire.

Dans nos églises, on parle souvent de la foi que nous devons avoir en Dieu. Mais ce matin, ce récit de l’appel des premiers disciples nous parle de la foi que Dieu a en nous ! Et Dieu ne rejette pas Jonas qui lui a tourné le dos. Et Dieu ne rejette pas les Ninivites qui ont fait des horreurs, qui ont un lourd passé. Et Dieu ne rejette pas ces pêcheurs de Galilée qui n’avaient pas réussi l’examen d’entrée. Et Dieu ne rejette pas le moindre d’entre nous, même si nous n’avons rien de ce qu’il faut… même si notre foi est fragile, hésitante, même si nous n’avons pas fait d’études de théologie, même si nous n’avons pas fait d’étude du tout, même si nous nous sentons limités dans nos capacités, nos compétences, ou disqualifiés par notre santé, notre âge, notre passé, notre histoire, nos erreurs, nos manques de ceci ou cela. L’extraordinaire dans ce récit n’est pas tant que les disciples aient cru en Jésus. Mais c’est que Jésus a cru en eux. Et en vous… et en moi…

Alors pour terminer, je voudrais vous inviter à recevoir cette bénédiction qui vient de la tradition rabbinique : Puissiez vous être couverts par la poussière de votre Rabbi Jésus. Puissiez vous marcher si près de lui que la poussière soulevée par ses pieds vous couvrira. Puissiez vous ne jamais être loin de sa vue. Puissiez vous ne jamais être hors d’atteinte de sa parole. Puissiez vous le suivre où qu’il vous entraine. Puissiez vous mettre vos pas dans ses pas, et faire les œuvres qu’il a faites.

Puissiez vous être couverts par la poussière de votre Rabbi. Amen.