Eglise Réformée de Nantes et de Loire-Atlantique
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Attention : L’Evangile est dangereux !
jeudi 5 novembre 2009
par Caroline Schrumpf
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Dimanche 25 octobre 2009 – Fête de la Réformation

Pasteur Caroline Schrumpf - Nantes

Marc 10, 46-52 Jérémie 31, 7-9

Frères et sœurs,
Etes vous bien sur de vouloir être ici ?
Etes vous bien sur de vouloir vous mettre à l’écoute de cette parole là ? Je relisais cette semaine un tout petit livre très dense, à la fois simple et très profond comme savent en écrire nos frères orthodoxes, et je voudrais en partager qq lignes avec vous.

« On nous dit souvent, dans une littérature plus ou moins populaire consacrée à la prière, que celle-ci est une aventure captivante… bien sur, en un sens, c’est vrai. Mais dans ce genre de propos on oublie quelque chose de beaucoup plus important. C’est que la prière est une aventure dangereuse et qu’on ne peut l’entreprendre sans risque !… Chercher délibérément à affronter le Dieu vivant est une aventure redoutable ! … chaque fois que nous nous présentons en face de Dieu, nous faisons quelque chose de très dangereux puisque, selon les mots de l’Ecriture, Dieu est un feu… Chaque fois que nous nous approchons de Dieu, c’est à la vie ou à la mort que nous sommes confrontés… » (extrait de Prière vivante, d’Antoine BLOOM, édition Cerf 1972, p. 10)

Ce que l’auteur dit de la prière, on peut le dire également de la lecture de l’Evangile.
Lire l’Evangile, lire la Bible, c’est dangereux ! Entrer en relation, oser se tenir devant Dieu, qui sommes-nous pour prétendre à cela ? Et pourtant c’est bien ce que nous faisons au culte n’est ce pas ? Nous tenir devant Dieu pour lui confier nos vies, pour demander son pardon, pour chanter sa louange, pour écouter sa Parole. Et justement, sa parole, c’est une parole qui dérange. C’est une parole qui risque de nous entrainer loin si nous l’écoutons vraiment ! est ce que nous sommes prêts à vouloir prendre ce risque ?

Nous qui l’entendons aujourd’hui, nous l’entendons avec 2000 ans de chrétienté, 2000 ans de couches de peinture repassées les unes sur les autres, au fil de l’histoire, de la théologie, de nos pensées… mais si nous essayons de gratter un peu ces couches de peinture, si nous essayons de décaper un peu notre écoute, qu’est ce que nous allons entendre ? Qu’est ce que nous pouvons entendre ce matin de cette histoire de Bartimée.

C’est se mettre en danger, en danger de vie ! Parce qu’il y a un ordre, et que cet ordre n’aime pas être dérangé. C’est l’ordre des choses, l’ordre du monde, chaque chose à sa place, chacun à sa place. Le mendiant aveugle, sa place est sur le bord du chemin, assis, à quémander quelques miettes de ce que les gens bien-portants, bien-pensants, bien-croyants pourront lui donner. Le maître, le rabbi Jéshuoua de Nazareth, lui, sa place est sur le chemin, entouré de ses disciples, et de la foule, qui écarte et fait taire les importuns, de la foule qui l’acclame et boit ses paroles, foule qui s’enthousiasme si vite ! qui crie si vite à la victoire, ou à l’abattoir !

Bartimée, par son appel pressant, son cri, vient bousculer l’ordre établi. Il ose interpeller le Rabbi. Il ose exprimer son cri, sa demande, il ose nommer aussi Jésus Fils de David, une manière de dire : Jésus, si tu es bien celui que je pense que tu es, agis en ma faveur, regarde moi, moi qui ne peut pas te voir. Ce qui dérange l’ordre établi, c’est aussi la ténacité de Bartimée, il est têtu, il s’obstine, malgré les reproches, malgré les critiques.

Jésus, lui aussi, bouleverse l’ordre établi : alors qu’il est en route, entouré de ses amis, sans doute avec une destination prévue, il s’arrête. Il stoppe net ! Et il invite la foule à changer d’attitude vis-à-vis de Bartimée. Ceux qui lui faisaient des reproches, les mêmes je l’espère, doivent appeler Bartimée pour l’inviter à s’approcher de Jésus. Quel renversement, quel choc pour la foule.

La rencontre va avoir lieu, et elle va aussi bouleverser les choses, brouiller les pistes, renverser l’ordre attendu du monde. Bartimée qui se met en route et qui devient un disciple : appeler Jésus Rabbouni, mon maître, mon Rabbi, c’est se lier à lui, c’est dire tout son désir de le suivre. Lui l’aveugle qui retrouve la vue, qui ressuscite, qui sort de cette rencontre transformé. Plus qu’une guérison d’une maladie, c’est une victoire sur un handicap visuel, c’est-à-dire un handicap d’un des sens qui permet d’appréhender le réel.

Bartimée était aveugle, mais il avait vu déjà, qu’en Jésus il a une puissance qui vient bousculer le monde, l’ordre des choses. Du coup, on comprend mieux, il me semble, pourquoi Jésus lui dit comme parole d’envoi : Va ta foi t’a sauvé/guéri.

Aujourd’hui, c’est traditionnellement le dimanche de la Réformation, ce dimanche ou nous nous souvenons de ceux qui ont su bousculer l’ordre établi de la religion, de la société, pour remettre la parole de Dieu et l’obéissance à Dieu au cœur de la foi chrétienne. C’est en effet le 31 octobre que Luther aurait affiché sur les portes de l’église de Wittenberg les 95 thèses contre les indulgences. Sommé de comparaitre devant les autorités religieuses et politiques à Worms, et de se rétracter, Luther affirme, avec une provocation incroyable : « je suis lié par les textes de l’Écriture que j’ai cités, et ma conscience est captive de la Parole de Dieu ».

Pourrions nous dire aujourd’hui la même chose ? notre conscience, notre vie, nos choix quotidiens, nos biens, nos pensées, nos préoccupations, nos engagements, nos relations, sont-ils captifs de la Parole de Dieu ? sommes nous comme Luther, liés par les textes de l’Evangile que nous lisons chaque dimanche ?

Ce matin, peut être certains trouvent ce message un peu dur. Hier, vous l’avez peut être entendu, il y a eu une manifestation éclair à Paris : Pour alerter les autorités politiques et le gouvernement sur les prochaines décisions pour la sauvegarde de l’environnement, des militants ont organisé un « flash mob » : à 12h18 ils ont fait sonner des réveils, des alarmes des sonneries de téléphone, comme un signe que le gouvernement et la société a besoin de se réveiller.

C’est vrai. Et la sauvegarde de la création dans laquelle Dieu nous a placés est un combat important. Mais aujourd’hui, il y aussi des hommes et des femmes, autour de nous, sans doute tout près, peut être dans notre famille, sur notre palier, notre voisin de bureau, notre voisin au culte… qui a besoin d’aide. Est-ce que ce n’est pas à nous de nous réveiller ? est ce que l’Evangile ne doit pas nous réveiller ? Cette nuit, nous avons gagné une heure de sommeil, ca fait du bien ! Mais est ce qu’il n’y a pas maintenant urgence à écouter la Parole de Jésus, ce matin même, comme une parole qui veut nous réveiller !!! cette parole ce n’est pas d’abord une parole qui nous permet d’avoir des activités d’église, une parole qui nous met à l’aise, dans un groupe, dans un club, dans un monde à notre mesure… (même si tout cela est sans doute nécessaire)… une parole qui soutient notre institution, notre organisation.

Cette parole, c’est d’abord de la dynamite ! Pour faire éclater tous les carcans, toutes nos sécurités, tous nos handicaps, tous nos préjugés. Cette parole a une force de transformation qui bouleverse la vie, qui remet en marche, une puissance de vie, une puissance de guérison. « Tout ce que je désire, dit Paul, c’est connaître le Christ et la puissance de sa résurrection »… la puissance de Dieu qui a ramené Jésus de la mort à la vie, c’est cette même puissance qui est à l’œuvre dans le monde et dans nos vies. Mais bien souvent, c’est nous qui posons des limites, des cadres, des bornes à l’action de Dieu.

Le monde d’aujourd’hui autour de nous n’a plus confiance en la vie, il n’a plus confiance dans le progrès ou dans les grands systèmes idéologiques qui donnaient du sens à l’existence collective et individuelle. Toutes les certitudes qui tenaient le monde se sont écroulées les unes après les autres : le progrès scientifique et technique s’est incliné devant Hiroshima, la foi en la bonté et l’humanité de l’homme s’est effondré à Auschwitz, les grands principes d’égalité et d’équité se sont disqualifiés devant le drame mondialisé des migrants, et les grands scandales financiers récents. Chacun se trouve bien seul pour essayer de donner du sens à sa vie. Dans ce contexte, nos églises n’inspirent plus confiance, nos discours ne rejoignent que bien peu nos contemporains.

Peut être simplement, parce que nous les chrétiens, n’avons pas pris la mesure de l’attente du monde, et du trésor que recèle cet évangile, cette bonne nouvelle.
Peut être parce que nous avons essayé de maintenir l’ordre du monde, au lieu de vivre la radicalité de cet évangile dynamite !
Peut être aussi parce que nous nous sommes protégés nous même de cette bonne nouvelle qui bouleverse, comme la vie vient bouleverser le monde, comme la lumière vient faire reculer l’obscurité.
Peut être parce que nous nous sommes comptés du coté de la foule et des disciples, et nous avons oublié que nous aussi, nous avons été à un moment des Bartimée, assis au bord du chemin.

Peut être est-ce auj le jour où nous entendons l’appel : courage lève toi, il t’appelle. Nous aussi, nous sommes invités à cette rencontre, à connaître le Christ et la puissance de sa résurrection. Nous aussi nous sommes invités à oser crier, avec Bartimée. Seigneur, Fils de David, aie pitié de nous. Mais alors nous devons être prêts à voir notre vie changer, à voir les vies changer autour de nous. Sommes-nous prêts ? Amen.